LE SAINT DU JOUR
Saint Martin de Porrès, religieux
Lecture et Méditation
Lectures de la messe
Première lecture
« Il s’est abaissé. C’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 5-11)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens
Frères,
ayez en vous les dispositions
qui sont dans le Christ Jésus :
Le Christ Jésus,
ayant la condition de Dieu,
ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect,
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort,
et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
il l’a doté du Nom
qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus
tout genou fléchisse
au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est Seigneur »
à la gloire de Dieu le Père.
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 21 (22), 26b-27, 28-29, 31-32)
R/ Tu seras ma louange, Seigneur,
dans la grande assemblée. (Ps 21, 26a)
Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;
ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent.
« À vous, toujours, la vie et la joie ! »
La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur,
chaque famille de nations se prosternera devant lui :
« Oui, au Seigneur la royauté,
le pouvoir sur les nations ! »
Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;
on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
Voilà son œuvre !
Évangile
« Va sur les routes et dans les sentiers, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison soit remplie » (Lc 14, 15-24)
Alléluia. Alléluia.
Venez à moi, vous tous qui peinez
sous le poids du fardeau, dit le Seigneur,
et moi, je vous procurerai le repos.
Alléluia. (Mt 11, 28)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
au cours du repas chez un chef des pharisiens,
en entendant parler Jésus, un des convives lui dit :
« Heureux celui qui participera au repas
dans le royaume de Dieu ! »
Jésus lui dit :
« Un homme donnait un grand dîner,
et il avait invité beaucoup de monde.
À l’heure du dîner, il envoya son serviteur
dire aux invités :
“Venez, tout est prêt.”
Mais ils se mirent tous, unanimement, à s’excuser.
Le premier lui dit :
“J’ai acheté un champ,
et je suis obligé d’aller le voir ;
je t’en prie, excuse-moi.”
Un autre dit :
“J’ai acheté cinq paires de bœufs,
et je pars les essayer ;
je t’en prie, excuse-moi.”
Un troisième dit :
“Je viens de me marier,
et c’est pourquoi je ne peux pas venir.”
De retour,
le serviteur rapporta ces paroles à son maître.
Alors, pris de colère,
le maître de maison dit à son serviteur :
“Dépêche-toi d’aller sur les places
et dans les rues de la ville ;
les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux,
amène-les ici.”
Le serviteur revint lui dire :
“Maître, ce que tu as ordonné est exécuté,
et il reste encore de la place.”
Le maître dit alors au serviteur :
“Va sur les routes et dans les sentiers,
et fais entrer les gens de force,
afin que ma maison soit remplie.
Car, je vous le dis,
aucun de ces hommes qui avaient été invités
ne goûtera de mon dîner.” »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation de ce Mardi en profondeur…
Les thèmes proposés pour la méditation sont :
-Le bonheur n’est pas individualiste
-Dieu veut que tout le monde soit sauvé
AU COURS d’un repas chez un pharisien, Jésus raconta la parabole des invités à un mariage. « Un homme donnait un grand dîner, et il avait invité beaucoup de monde. À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : “Venez, tout est prêt” » (Lc 14, 16-17). Le Seigneur utilise cet exemple pour décrire le Royaume de Dieu. Et l’une de ses caractéristiques est précisément qu’il est gratuit. L’homme n’a rien demandé pour participer au banquet. Tout était prêt : il n’avait qu’à profiter de la soirée. « Telle est la vie chrétienne, une histoire d’amour avec Dieu, où le Seigneur prend l’initiative gratuitement et où aucun de nous ne peut se vanter d’avoir l’exclusivité de l’invitation ; aucun de nous n’est privilégié par rapport aux autres, mais chacun de nous est privilégié devant Dieu. C’est de cet amour gratuit, tendre et privilégié que naît et renaît toujours la vie chrétienne » [1].
Cette gratuité se retrouve également dans les relations familiales. Un enfant n’a pas à mériter l’amour de ses parents ; il n’a pas non plus à essayer de rembourser la dette qu’il a envers eux pour tous les soins qu’il a reçus. Il est aimé par son père et sa mère tel qu’il est, et ils lui offriront toujours leur amour, même s’il n’est souvent pas réciproque. Dans notre relation avec le Seigneur, il se passe quelque chose de semblable. C’est Dieu qui nous cherche. Il ne se contente pas d’une relation, pour ainsi dire, de justice, où chaque partie remplit strictement ses devoirs. Il veut construire avec nous une véritable communion de vie, basée sur un amour inconditionnel. C’est pourquoi il maintient toujours son invitation à participer au banquet du Royaume de Dieu, même lorsque nous avons pu la refuser. « À moi, à toi, à chacun de nous, il dit aujourd’hui : “Je t’aime et je t’aimerai toujours, tu es précieux à mes yeux” » [2]. En même temps, comme le souligne le prélat de l’Opus Dei, lorsque nous décidons d’accepter son invitation, nous sommes les premiers à en bénéficier. « Ce n’est pas nous qui lui rendons service : c’est Dieu qui éclaire notre vie, la remplit de sens » [3].
MALGRÉ la gratuité de l’invitation, beaucoup ont donné des excuses pour ne pas assister au banquet : « “J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir ; je t’en prie, excuse-moi”. Un autre dit : “J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je pars les essayer ; je t’en prie, excuse-moi”. Un troisième dit : “Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne peux pas venir” » (Lc 14, 18-20). Il ne semble pas que ces personnes aient éprouvé du mépris pour ce repas. Ils pensaient simplement que ces affaires personnelles méritaient plus d’attention et justifiaient donc leur absence. « C’est ainsi que l’on tourne le dos à l’amour, non par méchanceté, mais parce que l’on préfère ses propres choses : la sécurité, l’affirmation de soi, le confort… On préfère s’installer dans le fauteuil du profit, du plaisir, de quelque passe-temps qui donne un peu de joie, mais ainsi on vieillit vite et mal, parce que l’on vieillit intérieurement ; quand le cœur ne s’élargit pas, il se referme » [4].
La logique du Royaume de Dieu est différente de celle du monde. Ce n’est pas en nous réfugiant dans notre propre sécurité que nous trouverons le bonheur, mais en faisant de la place aux autres, aux personnes qui nous offrent leur invitation à être avec elles. Si nous pensons aux plus belles expériences de notre vie, la plupart d’entre elles ont certainement été des moments partagés avec quelqu’un. Beaucoup d’événements ont été pleins de joie et d’excitation, d’autres ont été plus routiniers ou même coûteux, mais nous les gardons en mémoire avec tendresse parce qu’ils nous rappellent qu’il y avait quelqu’un à nos côtés qui nous a accompagnés dans cette situation. Alors que l’individualisme nous fait penser que la principale façon d’être heureux est d’avoir des sécurités qui protègent notre espace vital, qu’elles soient matérielles ou non — temps libre, argent, accumulation d’expériences de plus en plus passionnantes… — Jésus nous appelle à ne pas nous enfermer et à accepter les invitations des gens qui passent à côté de nous. Comme le disait saint Josémaria : « Ce qui est nécessaire pour atteindre le bonheur, ce n’est pas une vie facile, mais un cœur plein d’amour » [5].
DEVANT le refus des convives, le maître de maison décide d’étendre son invitation à beaucoup plus de monde. « “Dépêche-toi d’aller sur les places et dans les rues de la ville ; les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux, amène-les ici”. Le serviteur revint lui dire : “Maître, ce que tu as ordonné est exécuté, et il reste encore de la place”. Le maître dit alors au serviteur : “Va sur les routes et dans les sentiers, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison soit remplie” » (Lc 14, 21-23). « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, a commenté le fondateur de l’Opus Dei : c’est un appel et une responsabilité qui reposent sur chacun d’entre nous. L’Église n’est pas le cercle privé d’une élite » [6].
Jésus n’a pas offert son message de salut à un petit nombre. La preuve en est que les apôtres ne se sont pas contentés d’annoncer l’Évangile aux peuples proches d’Israël, mais qu’ils sont allés dans tout le monde connu. « La grande Église est-elle une petite partie de la terre ? se demandait saint Augustin [7]. La grande Église, c’est le monde entier […] Où que vous vous tourniez, le Christ est là. Vous avez les extrémités de la terre en héritage ; venez, possédez tout cela avec moi » [8]. Où que nous soyons, nous pouvons, nous aussi, adresser à ceux qui nous entourent l’invitation du Seigneur à participer à son banquet. Nous pouvons demander à la Vierge Marie de nous donner un cœur semblable à celui de son Fils, plein de désir pour le salut de toutes les âmes.
APPROFONDISSEMENT DE LA PAROLE DE DIEU :
“Invitation au banquet du Seigneur“
Prière
Seigneur, ma vie sur terre est un pèlerinage vers notre patrie du ciel. Les préoccupations de notre vie quotidienne nous empêchent souvent de tenir nos yeux fixés vers le ciel. Donne-nous de toujours savoir te placer comme la plus grande priorité de nos vies.
Demande
Savoir discerner les choses essentielles de la vie spirituelle.
Réflexion
- Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous offre une nouvelle parabole. Étrangement pourtant le Seigneur ne précise pas ce qu’il cherche à expliquer par cette anecdote. Il n’est pas mentionné ici : « Le royaume des cieux est semblable à… » ou toute autre formule similaire qui permettrait de comprendre plus explicitement ce que le Seigneur veut nous enseigner.
Il faut donc essayer d’interpréter ce que le Seigneur veut nous dire. Jésus raconte son histoire à partir d’un commentaire sur les participants au banquet céleste. Ce sont les invités à ce banquet qui sont durement traités par le Seigneur. Il s’agit de trois personnes qui trouvent une excuse pour refuser l’invitation. Ce sont des gens qui possèdent des biens matériels ou qui vivent de grands évènements. Les excuses sont plus ou moins recevables mais toutes sont traitées de la même manière par le Christ. - Les excuses des trois invités sont toutes les trois des préoccupations de la vie terrestre. Avoir cinq nouvelles paires de bœufs ou bien aller visiter un champ que nous venons d’acquérir n’est certainement pas comparable au fait de se marier mais les trois sont définitivement des actions spécifiques de la terre.
Dans l’Évangile, le Seigneur nous dit spécifiquement qu’au ciel on ne se marie pas et il est aussi peu probable que l’on y trouve des formes de commerce. Les préoccupations de la terre, qu’elles soient grandes ou petites, peuvent nous détourner des préoccupations du ciel. Si le Seigneur ne condamne aucunement le mariage et le commerce, il pointe du doigt la place trop importante qu’ils prennent dans la vie des invités : à cause de ces choses, ils perdent l’invitation au banquet. - Les invités au banquet refusent donc l’invitation et nous voyons alors une autre dimension de cette parabole. Le maître fait tout ce qui est nécessaire pour remplir sa salle. Il a une réelle angoisse de voir sa maison vide. Nous pouvons appliquer cette image à Dieu le Père qui nous a préparé le paradis et, même si aucun de nous n’a pu le mériter, il nous a envoyé son Fils. Il s’est dépensé en nous offrant plusieurs alliances et grâces après grâces pour nous faire entrer dans la salle du banquet. Les pauvres et les aveugles ne méritent pas plus que les premiers invités de participer au festin mais ils ont simplement été plus disponibles et attentifs aux appels du maître.
Dialogue avec le Christ
Seigneur, viens changer mon cœur. Les activités de la journée sont souvent de très bonnes occupations mais elles peuvent aussi m’éloigner de toi si je ne veille pas à garder les yeux fixés vers le ciel. Aide-moi à conjuguer habilement ma vie pour garder les pieds sur terre mais les yeux fixés vers le ciel.
Résolution
Prendre le temps de contempler une de mes préoccupations du quotidien et voir sa valeur face à l’éternité.
[1]. Pape François, Homélie, 15 octobre 2017.
[2]. Pape François, Homélie, 24 décembre 2019.
[3]. Mgr F. Ocariz, Luz para ver, fuerza para querer, ABC, 18 septembre 2018.
[4]. Pape François, Homélie, 15 octobre 2017.
[5]. Saint Josémaria, Sillon, n° 795.
[6]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 263.
[7]. Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 21, 2, 26 (PL 36, 177).
[8]. Ibíd., 21, 2, 30 (PL 36, 180).