LES SAINTS DU JOUR
Saint Jean de Brébeuf et S. Isaac Jogues, prêtres, et leurs compagnons, martyrs.
Saint Paul de la Croix, prêtre
Lecture et Méditation
Première lecture
« Avec le Christ, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux » (Ep 2, 1-10)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens
Frères,
vous étiez des morts,
par suite des fautes et des péchés
qui marquaient autrefois votre conduite,
soumise aux forces mauvaises de ce monde,
au prince du mal qui s’interpose entre le ciel et nous,
et dont le souffle est maintenant à l’œuvre
en ceux qui désobéissent à Dieu.
Et nous aussi, nous étions tous de ceux-là,
quand nous vivions suivant les convoitises de notre chair,
cédant aux caprices de la chair et des pensées,
nous qui étions, de par nous-mêmes, voués à la colère
comme tous les autres.
Mais Dieu est riche en miséricorde ;
à cause du grand amour dont il nous a aimés,
nous qui étions des morts par suite de nos fautes,
il nous a donné la vie avec le Christ :
c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.
Avec lui, il nous a ressuscités
et il nous a fait siéger aux cieux,
dans le Christ Jésus.
Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs,
la richesse surabondante de sa grâce,
par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.
C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés,
et par le moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil.
C’est Dieu qui nous a faits,
il nous a créés dans le Christ Jésus,
en vue de la réalisation d’œuvres bonnes
qu’il a préparées d’avance
pour que nous les pratiquions.
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 99 (100), 1-2, 3, 4, 5)
R/ Dieu nous a faits, et nous sommes à lui. (cf. Ps 99, 3b)
Acclamez le Seigneur, terre entière,
servez le Seigneur dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie !
Reconnaissez que le Seigneur est Dieu :
il nous a faits, et nous sommes à lui,
nous, son peuple, son troupeau.
Venez dans sa maison lui rendre grâce,
dans sa demeure chanter ses louanges ;
rendez-lui grâce et bénissez son nom !
Oui, le Seigneur est bon,
éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge.
Évangile
« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 13-21)
Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia. (Mt 5, 3)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus :
« Maître, dis à mon frère
de partager avec moi notre héritage. »
Jésus lui répondit :
« Homme, qui donc m’a établi
pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »
Puis, s’adressant à tous :
« Gardez-vous bien de toute avidité,
car la vie de quelqu’un,
même dans l’abondance,
ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Et il leur dit cette parabole :
« Il y avait un homme riche,
dont le domaine avait bien rapporté.
Il se demandait :
“Que vais-je faire ?
Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”
Puis il se dit :
“Voici ce que je vais faire :
je vais démolir mes greniers,
j’en construirai de plus grands
et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.
Alors je me dirai à moi-même :
Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition,
pour de nombreuses années.
Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit :
“Tu es fou :
cette nuit même, on va te redemander ta vie.
Et ce que tu auras accumulé,
qui l’aura ?”
Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même,
au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation de ce Lundi en profondeur…
Les thèmes proposés pour la méditation sont :
– La prière responsabilise tout le monde
– La perception des biens immatériels
LA PERSONNALITÉ chaleureuse et accessible de Jésus permet à ceux qui l’entourent d’entrer rapidement en confiance avec lui. Il est facile de s’approcher du Maître et de lui poser, sans tourner autour du pot, n’importe quelle difficulté. Beaucoup viennent au Seigneur avec de grandes questions ; d’autres, en revanche, lui posent des problèmes plus quotidiens afin d’obtenir des conseils ou de la consolation. Dans tous les cas, le Fils de Dieu répond à chaque demande avec le désir d’éclairer la personne qui en a besoin.
Saint Luc nous rapporte une demande que quelqu’un a adressée au Seigneur de manière directe et confiante : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage » (Lc 12, 13). D’un point de vue humain, la demande de cet homme est compréhensible. Nous ne connaissons pas les détails de la dispute, ni lequel des protagonistes avait le plus raison ; le fait est que cette personne se trouve dans une situation compliquée, qui lui pèse, et qu’elle se tourne vers Dieu pour trouver une solution. Et Jésus répond : « Qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » (Lc 12, 14).
Par sa réponse, le Seigneur ne cherche pas à se désengager de nos préoccupations. Au contraire, il nous renvoie à la source de la solution de nos problèmes et de l’établissement dans nos maisons — avec notre liberté — du royaume de Dieu. Jésus vient pour nous libérer de nos péchés et nous donner sa grâce ; et, en même temps, il semble laisser entre nos mains la direction de nombreux aspects de notre vie, comme nous le voyons en d’autres occasions – « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20, 25). Il nous montre ainsi que « la prière n’est pas un calmant pour soulager les angoisses de la vie ; ou, en tout cas, une telle prière n’est sûrement pas chrétienne. Au contraire, la prière rend chacun de nous responsable » [1].
JÉSUS profite de la demande de cette personne pour inviter ceux qui l’écoutent à vivre détachés des biens : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède » (Lc 12, 15). Le Seigneur raconte ensuite la parabole d’un riche propriétaire terrien qui possède des terres qui lui ont rapporté de grandes récoltes. Ce propriétaire décide de stocker tout le grain récolté dans de nouveaux greniers afin de vivre confortablement. Cependant, Dieu fait comprendre à cet homme qu’il quittera ce monde cette nuit même, et lui fait considérer la folie de s’être trop occupé des biens d’ici-bas, en négligeant au contraire les biens qui en valent la peine. Le sort de cette personne aurait été bien différent si elle s’était souvenue que tous ces moyens étaient en réalité une occasion d’aimer Dieu. « Rends gloire au Seigneur avec tes biens, donne-lui les prémices de ton revenu : tes greniers se rempliront de blé, le vin nouveau débordera de tes cuves » (Pr 3, 9-10).
Le Seigneur ne censure pas la possession des richesses, ni la préoccupation prudente des situations terrestres. Mais Jésus ne veut pas que nos cœurs soient emprisonnés dans ces biens, car ils ne peuvent nous donner qu’une joie relative et superficielle. Comme le soulignait saint Josémaria : « Lorsque quelqu’un axe son bonheur exclusivement sur les choses d’ici-bas — j’ai été témoin de véritables tragédies —, il en pervertit l’usage raisonnable et détruit l’ordre sagement disposé par le Créateur. Son cœur devient alors triste et insatisfait ; il s’engage sur la voie d’un éternel mécontentement et finit par être dès ici-bas esclave, victime de ces mêmes biens qu’il a peut-être atteint au prix d’efforts et de renoncements innombrables » [2]. Le détachement, en revanche, nous permet de regarder vers le haut et de nous éloigner de ce qui nous semble indispensable. C’est ainsi que nous pouvons voir avant tout les dons que le Seigneur a préparés pour nous : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3, 1-2).
LE DÉTACHEMENT crée en nous la capacité de découvrir les biens qui en valent la peine. C’est ce qu’Abraham a apprécié, et ce que saint Paul a noté dans sa Lettre aux Romains : « Devant la promesse de Dieu, il n’hésita pas, il ne manqua pas de foi, mais il trouva sa force dans la foi et rendit gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis » (Rm 4,20-21). Il n’y a rien de plus immatériel et de moins immédiat qu’une promesse. Mais c’est ce que Dieu a donné à Abraham. Il ne lui a pas donné au même moment une terre ou une descendance, ni une grande richesse, mais une promesse. L’héritage d’Abraham est presque purement immatériel et, en même temps, il n’y a pas de plus grande richesse à penser : outre le fait que le Seigneur a pris soin d’Abraham tout au long de sa vie et qu’il est devenu très proche de sa famille, au tournant des siècles, cette terre et cette descendance seront une réalité qui dépassera de loin toutes les possibilités de l’imagination.
Le détachement nous offre la possibilité de percevoir les biens immatériels avec lesquels Dieu veut nous rendre vraiment riches, comme il l’a fait avec Abraham et comme il l’a fait avec tant de saints. Ce sont des dons dont nous ne devons pas attendre le ciel pour jouir, mais que nous pouvons souvent déjà goûter dans le présent comme dans les mois ou les années à venir : la proximité que Dieu nous offre dans les sacrements, l’amour que nous donnent notre famille et nos amis, la joie que nous éprouvons lorsque nous servons les autres, la satisfaction que nous ressentons pour un travail bien fait que nous avons sanctifié… En tout, nous pouvons découvrir la manière discrète dont la providence de Dieu nous bénit souvent. « Je voudrais graver en lettres de feu dans votre esprit, disait saint Josémaria, que nous avons toutes les raisons du monde pour parcourir cette terre avec optimisme, l’âme bien détachée des choses qui semblent indispensables — car votre Père sait bien ce dont vous avez besoin ! — et qu’il y pourvoira. Croyez-moi : c’est seulement de cette manière que nous nous conduirons en maîtres de la Création » [3]. La Vierge Marie, qui a placé son bonheur dans la promesse d’être la Mère de Dieu, peut nous aider à découvrir les vraies richesses que le Seigneur a préparées pour nous.
APPROFONDISSEMENT DE LA PAROLE DE DIEU :
“Riche en vue de Dieu“
Prière
Je me mets en présence de Dieu qui est toujours avec moi, au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Je m’unis en prière à notre communauté de lecteurs des méditations quotidiennes de Regnum Christi que je confie au Seigneur.
Demande
Seigneur, je crois en toi, j’espère en toi et je t’aime. Fais grandir en moi la foi, l’espérance et la charité.
Réflexion
- « Alors je me dirai à moi-même (…) »
Devant les bienfaits qu’il reçoit, l’homme de cette parabole semble ignorer l’intervention de Dieu dans sa vie. L’accumulation des biens matériels et l’apparente sécurité qu’ils procurent peuvent facilement nous faire oublier notre dépendance totale de Dieu. Cela jusqu’au point où cet homme continue à décider seul de ce qu’il doit faire de tant de biens, en se disant à lui-même de se reposer et jouir de l’existence. Dieu est tellement absent de cette vision purement matérielle de la vie ! - « Dieu lui dit : tu es fou (…) »
Une interpellation forte. Oui, fou est celui qui décide de sa vie sans Dieu. Fou est celui qui met sa sécurité dans les choses passagères. Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens que nous avons lue aujourd’hui, va même jusqu’à nous rappeler que nous sommes « morts » alors que nous vivons selon les convoitises de la chair (première lecture du jour). « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux » nous rappelle en contraste l’acclamation de l’alléluia du jour. - Riche en vue de Dieu
Oui, il s’agit de vivre pour le Royaume de Dieu ! D’être pauvres de cœur pour nous rappeler notre dépendance totale de Dieu et ainsi vivre pleinement notre vocation d’enfants de Dieu. Notre seule richesse est notre pauvreté, car elle attire sur nous l’abondance de la miséricorde divine. Alors nous serons forts, alors nous serons riches, alors nous pourrons écouter le Seigneur nous dire à nous-mêmes : « Te voilà avec tous les biens du Royaume à ta disposition, repose-toi en lui seul, mange le Pain de vie, bois le Sang rédempteur et jouis de la vie éternelle ».
Dialogue avec le Christ
En toi, j’ai mis ma confiance. Ô Dieu très saint, toi seul es mon espérance et mon soutien. C’est pourquoi je ne crains rien, j’ai foi en toi, ô Dieu très saint.
[1]. Pape François, Audience générale, 21 octobre 2020.
[2]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 118.
[3]. Ibid., n° 116.