LE SAINT DU JOUR
Saint Pierre Claver, prêtre
Lecture et Méditation
Lectures de la messe
Première lecture
« Tu es marié ? ne cherche pas à te séparer de ta femme. Tu n’as pas de femme ? ne cherche pas à te marier » (1 Co 7, 25-31)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères,
au sujet du célibat, je n’ai pas un ordre du Seigneur,
mais je donne mon avis,
moi qui suis devenu digne de confiance
grâce à la miséricorde du Seigneur.
Je pense que le célibat est une chose bonne,
étant donné les nécessités présentes ;
oui, c’est une chose bonne de vivre ainsi.
Tu es marié ?
ne cherche pas à te séparer de ta femme.
Tu n’as pas de femme ?
ne cherche pas à te marier.
Si cependant tu te maries, ce n’est pas un péché ;
et si une jeune fille se marie, ce n’est pas un péché.
Mais ceux qui font ce choix y trouveront les épreuves correspondantes,
et c’est cela que moi, je voudrais vous éviter.
Frères, je dois vous le dire : le temps est limité.
Dès lors, que ceux qui ont une femme
soient comme s’ils n’avaient pas de femme,
ceux qui pleurent,
comme s’ils ne pleuraient pas,
ceux qui ont de la joie,
comme s’ils n’en avaient pas,
ceux qui font des achats,
comme s’ils ne possédaient rien,
ceux qui profitent de ce monde,
comme s’ils n’en profitaient pas vraiment.
Car il passe, ce monde tel que nous le voyons.
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 44 (45), 11a.12, 14-15a, 15b-16, 17a.18)
R/ Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille. (Ps 44, 11a)
Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille :
le roi sera séduit par ta beauté.
Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.
Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.
À la place de tes pères se lèveront tes fils ;
Je ferai vivre ton nom pour les âges des âges :
que les peuples te rendent grâce, toujours, à jamais !
Évangile
« Heureux, vous les pauvres. Mais quel malheur pour vous, les riches » (Lc 6, 20-26)
Alléluia. Alléluia.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux !
Alléluia. (Mt 5, 12)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :
« Heureux, vous les pauvres,
car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant,
car vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant,
car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent
et vous excluent,
quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable,
à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie,
car alors votre récompense est grande dans le ciel ;
c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais quel malheur pour vous, les riches,
car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant,
car vous aurez faim !
Quel malheur pour vous qui riez maintenant,
car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Quel malheur pour vous
lorsque tous les hommes disent du bien de vous !
C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation de ce Mercredi en profondeur…
Les thèmes proposés pour la méditation sont :
– Faire confiance au bonheur qui vient de Dieu
– La promesse de la joie traverse l’Évangile
– Les peines et les joies du chrétien
« DANS LES béatitudes, Jésus-Christ nous offre les clés qui ouvrent les portes du ciel… et du bonheur sur cette terre » [1]. Cependant, notre cœur a du mal à croire qu’il trouvera la joie dans la pauvreté, la faim, les pleurs ou la persécution. Le Seigneur insiste en utilisant deux verbes très expressifs pour indiquer le but de ce parcours : « réjouissez-vous, tressaillez de joie » (Lc 6, 23).
Ces contradictions apparentes nous invitent « à réfléchir sur le sens profond de la foi, qui consiste à mettre totalement sa confiance dans le Seigneur. Il s’agit d’abattre les idoles du monde pour ouvrir notre cœur au Dieu vivant et vrai ; lui seul peut donner à notre existence cette plénitude tant désirée et pourtant si difficile à atteindre. Nombreux sont ceux, même de nos jours, qui se présentent comme des dispensateurs de bonheur […]. Et là, il est facile de tomber involontairement dans le péché contre le premier commandement, l’idolâtrie, en remplaçant Dieu par une idole. L’idolâtrie et les idoles semblent être des choses d’autres temps, mais en réalité elles sont de tous les temps ! » [2]
« Dieu veut nous ouvrir, dit le prélat de l’Opus Dei, un panorama de grandeur et de beauté, qui est peut-être caché à nos yeux. Il est nécessaire d’avoir confiance en lui, de faire un pas vers sa rencontre, et d’enlever la peur de penser que, si nous le faisons, nous perdrons beaucoup de bonnes choses dans la vie. Sa capacité à nous surprendre est bien plus grande que toutes nos attentes » [3]. Cela ne signifie pas que la vie chrétienne consiste à accumuler des souffrances sur la terre pour pouvoir ensuite jouir du ciel ; Jésus veut que nous soyons heureux ici aussi, mais il ne veut pas que notre bonheur dépende de l’éphémère, de ce qui passe vite, mais de ce qui est vraiment vrai, de la seule chose capable d’étancher notre soif d’infini.
SI L’ON SE SOUVIENT de l’annonce de l’archange Gabriel à Marie, « on peut dire que le premier mot du Nouveau Testament est une invitation à la joie : “soyez heureux”, “réjouissez-vous”. Le Nouveau Testament est vraiment un “Évangile”, une “bonne nouvelle” qui nous apporte la joie. Dieu n’est pas loin de nous, il n’est pas inconnu, énigmatique, peut-être dangereux. Dieu est proche de nous » [4]. Cette irruption d’une joie nouvelle dans le monde traverse tout l’Évangile et trouve un point de révélation dans les Béatitudes. Jésus est celui qui comprend le mieux la nouveauté de ce qu’il dit. C’est pourquoi, si nous nous souvenons des moments qui nous ont rendus vraiment heureux, peut-être pourrons-nous découvrir qu’ils ne sont pas toujours basés sur la richesse, le plaisir ou le confort.
« La joie n’est pas l’émotion d’un moment : c’est autre chose ! La vraie joie ne vient pas des choses, de l’avoir, elle vient de la rencontre, de la relation avec les autres ; elle vient du fait de se sentir accepté, compris, aimé et du fait d’accepter, de comprendre et d’aimer » [5]. Il est logique que nous identifiions parfois la joie que Jésus nous promet avec quelque chose qui se produira dans le futur. Cependant, ses paroles sont également efficaces aujourd’hui, dans notre vie quotidienne. Ceux qui ont confiance en Dieu sont mieux préparés à se laisser aimer. Celui qui a confiance en Dieu est plus disposé à laisser les revers de fortune lui rappeler constamment que le vrai bonheur ne peut être trouvé qu’en compagnie de Dieu.
En tant qu’enfants de Dieu, créés à son image, nous n’aspirons pas à un bonheur fini, mais à partager le même bonheur que notre Père céleste. Jésus nous a promis que sa seule préoccupation est que sa joie soit en nous afin que notre joie soit complète (cf. Jn 15, 11). Par conséquent, le premier à se soucier de notre propre bonheur est Dieu lui-même, et cela nous remplit de consolation.
QUEL EST le principal obstacle à notre joie ? Avec la foi, nous pouvons affirmer que le seul mal qui peut nous conduire à la tristesse est le péché. Tous les autres malheurs le sont dans la mesure où nous n’avons pas encore jugé les choses du point de vue de Dieu. « Le Seigneur veut que nous soyons heureux, disait saint Josémaria, je vois mes enfants toujours heureux, avec une joie surnaturelle, avec quelque chose de si intime qu’elle est compatible avec les douleurs et les contrariétés de notre vie sur terre » [6]. Comme le souligne également saint Jean Chrysostome : « Sur terre, même la joie se termine souvent par la tristesse ; mais pour ceux qui vivent selon le Christ, même la tristesse se transforme en joie » [7].
Peut-être pensons-nous parfois que nous méritons une certaine tristesse, en raison de notre manque de correspondance. Toutefois, cette approche suppose que nous ne pouvons être heureux que si nous avons parfaitement accompli tout ce que nous nous sommes fixés. Alors que nous sommes sur le chemin de l’identification à Jésus-Christ, la joie à laquelle le Seigneur nous appelle « ne repose pas sur nos vertus : ce n’est pas une vaine autosatisfaction, mais elle est construite sur la faiblesse et la fragilité humaines elles-mêmes. Connaître sa propre faiblesse, faire l’expérience de la présence de l’adversité en nous-mêmes, peut et doit faire place à la joie » [8]. Comme le répétait le fondateur de l’Opus Dei : « Soyez-en convaincus : le Seigneur ne veut pas nos misères, mais il ne les méconnaît pas pour autant, et il compte précisément sur ces faiblesses pour que nous devenions plus saints » [9].
La vraie joie ne peut être trouvée que dans l’amour infini et immérité que Dieu nous offre. Et notre mère Marie a accueilli inconditionnellement le Seigneur dans son sein. C’est pourquoi elle est capable d’affirmer, pleine d’humilité, que « tous les âges me diront bienheureuse » (Lc 1,48). Nous pouvons lui demander de nous faire percevoir et apprécier cette même joie.
APPROFONDISSEMENT DE LA PAROLE DE DIEU :
“Heureux, vous les pauvres, mais quel malheur pour vous, les riches !“
Prière
« Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi, le bonheur ! Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur. De Sion, que le Seigneur te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils. Paix sur Israël ! » (Ps 127)
Demande
Seigneur, que je puisse jouir du bonheur de ceux qui mettent leur confiance en toi.
Réflexion
- « Heureux (…) »
Les béatitudes nous révèlent le plus grand souhait de Jésus à notre égard. Par huit fois le Seigneur emploi le mot « heureux ». Il veut que nous soyons heureux ! N’est-ce pas ce que nous désirons aussi au plus profond de notre âme ? Prenons un moment pour rendre grâce au Seigneur pour tout ce qui nous rend heureux en ce moment dans notre vie et reconnaître que cela provient de la bonté du Seigneur à notre égard. - « Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. »
Mais, dans le monde actuel, le bonheur du chrétien est confronté à l’adversité : la pauvreté, la faim, les pleurs, les persécutions. La souffrance fait partie de notre existence humaine. Le Seigneur ne nous demande pas d’aimer la souffrance. Il nous invite à la relativiser face à la joie éternelle qui nous attend. Le mal aura toujours une limite et une fin. Il n’aura jamais la victoire, ni le dernier mot. En revanche, le bonheur que le Christ nous offre est éternel et obtiendra la victoire finale. Il aura le dernier mot. Cela nous donne force et espérance pour traverser avec patience les moments de douleur passagers de ce monde. - « Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant (…) »
Jésus nous invite à prendre conscience de ce qui nous rend malheureux. Nous avons été créés pour aimer et être aimés. C’est ce qui nous rend profondément heureux. Mais lorsque nous renonçons à aimer, c’est un grand malheur pour nous. Ne vivre que pour son bien-être, pour rire et être repu, être bien vu des autres, sans se soucier des besoins de notre prochain est un chemin qui n’aboutit nulle part. C’est un cul-de-sac qui ne nous mène pas au bonheur infini et éternel que notre cœur recherche. C’est un paradoxe parce que notre égoïsme nous aveugle. « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » (Ac 20, 35)
Dialogue avec le Christ
Seigneur Jésus, tu es ma joie et mon bonheur ! Je te rends grâce pour tous tes bienfaits. Je suis heureux de te savoir présent dans ma vie. J’ai parfois des soucis et des difficultés : je souffre mais ne souffre pas sans espérance sachant que tout mal a une fin et que ta consolation m’attend toujours au tournant. Je te fais confiance, Seigneur ! Donne-moi la force de traverser mes épreuves et accueille-moi auprès de toi quand viendra le jour de mon départ.
Résolution
Rompre mon confort en accomplissant une œuvre de miséricorde pour une personne dans le besoin.
[1]. Mgr Fernando Ocariz, A la lumière de l’Évangile,p. 69.
[2]. Pape François, Angélus, 17 février 2019.
[3]. Mgr Fernando Ocariz, Se laisser surprendre par un Père bon, 17 janvier 2019.
[4]. Benoît XVI, Homélie, 18 décembre 2005.
[5]. Pape François, Discours, 6 juillet 2013.
[6]. Saint Josémaria, Homélie, 26 mai 1974.
[7]. Saint Jean Chrysostome, Homélie sur Saint Matthieu, 18.
[8].Mgr Fernando Ocariz, A la lumière de l’Évangile, p. 172.
[9]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 215.