LE SAINT DU JOUR
Saint Augustin, évêque et docteur de l’Eglise
Lecture et Méditation
Lectures de la messe
Première lecture
« Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs. Mais pour ceux que Dieu appelle, il est sagesse de Dieu » (1 Co 1, 17-25)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères,
le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser,
mais pour annoncer l’Évangile,
et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine,
ce qui rendrait vaine la croix du Christ.
Car le langage de la croix est folie
pour ceux qui vont à leur perte,
mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous,
il est puissance de Dieu.
L’Écriture dit en effet :
Je mènerai à sa perte la sagesse des sages,
et l’intelligence des intelligents, je la rejetterai.
Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ?
Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ?
La sagesse du monde,
Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ?
Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu,
le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu,
il a plu à Dieu de sauver les croyants
par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile.
Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux,
et que les Grecs recherchent une sagesse,
nous, nous proclamons un Messie crucifié,
scandale pour les Juifs,
folie pour les nations païennes.
Mais pour ceux que Dieu appelle,
qu’ils soient Juifs ou Grecs,
ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu
et sagesse de Dieu.
Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes,
et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 32 (33), 1-2, 4-5, 10-11)
R/ Toute la terre, Seigneur,
est remplie de ton amour. (cf. Ps 32, 5b)
Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Rendez grâce au Seigneur sur la cithare,
jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.
Le Seigneur a déjoué les plans des nations,
anéanti les projets des peuples.
Le plan du Seigneur demeure pour toujours,
les projets de son cœur subsistent d’âge en âge.
Évangile
« Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre » (Mt 25, 1-13)
Alléluia. Alléluia.
Restez éveillés et priez en tout temps :
ainsi vous pourrez vous tenir debout devant le Fils de l’homme.
Alléluia. (cf. Lc 21, 36)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples cette parabole :
« Le royaume des Cieux sera comparable
à dix jeunes filles invitées à des noces,
qui prirent leur lampe
pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles étaient insouciantes,
et cinq étaient prévoyantes :
les insouciantes avaient pris leur lampe
sans emporter d’huile,
tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes,
des flacons d’huile.
Comme l’époux tardait,
elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
“Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent
et se mirent à préparer leur lampe.
Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes :
“Donnez-nous de votre huile,
car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondirent :
“Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles allaient en acheter,
l’époux arriva.
Celles qui étaient prêtes
entrèrent avec lui dans la salle des noces,
et la porte fut fermée.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour
et dirent :
“Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”
Il leur répondit :
“Amen, je vous le dis :
je ne vous connais pas.”
Veillez donc,
car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation de ce Vendredi en profondeur…
Les thèmes proposés pour la méditation sont :
– Nous préparer à la Sainte Messe.
– Adorer pour connaître l’époux
DANS DE NOMBREUSES activités humaines, la préparation est un aspect fondamental. Dans le sport, par exemple, la performance lors d’un match dépend en grande partie de l’entraînement et des heures passées à maîtriser la technique. Mais la réussite de certaines rencontres sociales, comme inviter des amis à manger chez soi, dépend aussi en grande partie de la façon dont nous nous préparons. D’une manière générale, on peut dire que le temps et surtout l’intérêt que l’on consacre à l’organisation de certains événements témoignent de la valeur que l’on accorde à l’activité. Plus la réunion est importante, plus nous nous préparons à ce moment, ne serait-ce que par nos pensées et notre attention. En même temps, nous savons par expérience qu’une bonne préparation est toujours satisfaisante : lorsque nous jouons à un jeu ou que nous profitons d’un moment avec un être cher que nous n’avons pas vu depuis longtemps, si nous nous sommes bien préparés, nous en profitons au maximum.
Il n’y a pas d’activité ou de rencontre plus importante que la Sainte Messe, car en elle nous faisons réellement l’expérience de la mort et de la résurrection du Christ et nous recevons son corps comme nourriture. Nous pouvons donc en déduire qu’il n’y a pas de préparation plus valable que celle qui consiste à participer au sacrifice de l’autel. Tout ce que nous pouvons faire pour nous préparer à célébrer au mieux l’œuvre de la rédemption reste en deçà du grand mystère de l’amour de Dieu pour nous, ces noces auxquelles, comme les jeunes filles de la parabole, nous sommes invités à participer et à jouir : « Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux » (Mt 25, 1).
Saint Josémaria, qui considérait la Sainte Messe comme le centre et la racine de sa vie, nous invitait à une profonde préparation avec des mots pleins de poésie : « L’Eucharistie a été instituée pendant la nuit, préparant à l’avance le matin de la résurrection. Dans notre vie aussi, nous devons nous préparer à cette aube. Tout ce qui est dépassé, nuisible et inutile – le découragement, la méfiance, la tristesse, la lâcheté – doit être chassé. La Sainte Eucharistie introduit la nouveauté divine dans les enfants de Dieu, et nous devons répondre in novitate sensus, en renouvelant toute notre façon de penser et d’agir. Nous avons reçu un nouveau principe d’énergie, une racine puissante, greffée sur le Seigneur. Nous ne pouvons pas revenir à l’ancien levain, nous qui avons le Pain de maintenant et de toujours » [1].
LA PARABOLE raconte que cinq des vierges « étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile. Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre” » (Mt 25, 2-6). Bien que cette parabole se réfère surtout à notre dernière étreinte avec le Seigneur après la mort, nous pouvons aussi l’appliquer à notre rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie. Il nous est probablement arrivé, pendant la sainte messe, de nous sentir distraits ou désemparés ; bien que nous sachions que nous sommes dans un lieu sacré où nous pouvons entrer dans un dialogue d’amour avec la Sainte Trinité, notre imagination est troublée. Peut-être pensons-nous dans ces moments-là que nous sommes comme ces vierges qui, en attendant la venue de l’époux, se sont endormies.
La participation à la Sainte Messe n’est pas un exercice intellectuel, où la seule chose qui nous intéresse est la concentration devant chaque geste et chaque parole du prêtre. Au contraire, l’attention à la richesse des prières et aux différents gestes liturgiques est comme une porte qui doit nous faire entrer dans le mystère divin qui se cache derrière. C’est pourquoi la question fondamentale pour pouvoir « vivre la sainte messe » [2], comme le disait saint Josémaria, est de savoir si nous portons sur nous l’huile qui, même dans les moments de fatigue ou de dispersion, nous permet de reconnaître dans la nuit de notre cœur le visage du Christ qui, dans la sainte messe, donne sa vie pour me sauver. En effet, le fondateur de l’Opus Dei commentait que nous pouvons aussi abandonner dans les mains de Dieu l’objet de nos distractions – les personnes, les soucis, etc. [3]
« La condition pour être prêt à rencontrer le Seigneur n’est pas seulement la foi, mais une vie chrétienne riche en amour et en charité envers le prochain. Si nous nous laissons guider par ce qui nous semble le plus confortable, par la poursuite de nos propres intérêts, notre vie devient stérile, incapable de donner la vie aux autres et nous n’accumulons aucune réserve d’huile pour la lampe de notre foi ; et celle-ci – la foi – s’éteindra au moment de la venue du Seigneur ou même avant » [4]. La meilleure préparation intérieure pour une compréhension profonde de la sainte messe est une vie de charité, car c’est précisément ce que nous célébrons dans l’Eucharistie : l’amour infini de Jésus, qui était prêt à donner sa vie pour chacun d’entre nous.
À MINUIT, les vierges ont entendu une voix qui les réveille de leur profond sommeil : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre » (Mt 25,6). Elles se mirent donc toutes à préparer leurs lampes. Mais comme les insouciantes n’avaient pas apporté assez d’huile et qu’il n’y en avait pas assez pour toutes, elles durent partir pour en acheter. « Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée » (Mt 25, 10). Lorsque, quelques minutes plus tard, les jeunes filles arrivèrent, agitées et en retard, l’époux leur opposa un refus catégorique : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas » (Mt 25, 12).
Pour participer à la sainte messe et bien saisir la grandeur du mystère que nous célébrons, nous devons d’abord connaître profondément le Seigneur. De peur que Jésus ne nous dise quelque chose de semblable à ce que l’époux a dit aux vierges insouciantes : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas » (Mt 25, 12). La connaissance entre deux personnes qui s’aiment ne se réduit pas à une simple accumulation de données biographiques, ni à des rencontres plus ou moins sporadiques. Il s’agit d’une attitude du cœur, qui nous conduit progressivement à entrer dans les sentiments et les pensées de l’autre. C’est précisément pour cela que l’adoration eucharistique est si importante, grâce à laquelle nous préparons notre cœur à reconnaître le Seigneur qui nous visite à chaque sainte messe. Pour vivre la célébration eucharistique, « elle nous aide, elle nous introduit dans l’adoration devant le Seigneur eucharistique dans le tabernacle » [5].
Comme l’époux de la parabole, « dans l’Eucharistie, le Fils de Dieu vient à notre rencontre et veut se joindre à nous ; l’adoration eucharistique n’est que la suite évidente de la célébration eucharistique, qui est en elle-même le plus grand acte d’adoration de l’Église » [6]. L’adoration eucharistique en dehors de la Messe nous apprend donc à adorer le Seigneur dans la Messe, c’est-à-dire à désirer nous unir à lui par la Communion, à accroître notre faim de lui. En effet, « recevoir l’Eucharistie signifie adorer celui que l’on reçoit » [7]. Nous pouvons demander à Marie, Vierge prudente et femme eucharistique, de nous aider à nous préparer à chaque sainte messe comme elle s’est préparée à recevoir son Fils. Et si jamais l’huile de notre lampe semble s’épuiser et que la petite flamme menace de s’éteindre, qu’elle nous donne un peu de la sienne, qui ne s’épuise jamais et qu’elle donne avec sa générosité maternelle.
APPROFONDISSEMENT DE LA PAROLE DE DIEU
“Les dix vierges“
Prière
Seigneur Jésus, merci pour le pain de ta Parole que tu nous offres jour après jour. Ouvre mon intelligence et mon cœur pour que je puisse en tirer les forces nécessaires pour cette journée.
Demande
Seigneur, enseigne-moi à être prévoyant afin d’être prêt lors de ta venue.
Réflexion
- « Le royaume des cieux sera comparable à dix jeunes filles (…) »
Lorsque Dieu nous parle, il utilise des paroles humaines. Afin de pouvoir bien comprendre ce qu’il veut nous dire, il nous faut premièrement comprendre le sens et le contexte de ses paroles.
Cette parabole s’insère dans le discours de Jésus sur la fin des temps. Il nous annonce qu’il va revenir comme Roi de l’univers et nous enseigne sur la manière de nous préparer à sa venue. Il tire donc un exemple des coutumes de son temps. Le mariage juif se déroulait en deux moments. Dans un premier temps se tenaient les épousailles : un accord était conclu entre l’homme et la famille de la future épouse ; cette dernière devenait l’épouse promise de l’homme sans pourtant encore vivre avec lui. Après un certain temps, l’époux venait chercher l’épouse pour la conduire dans sa maison. C’était alors que l’on célébrait les noces. Les jeunes filles, comme des dames d’honneur, accompagnaient l’épouse dans l’attente de l’époux. - Insouciantes et prévoyantes
Ce que nous traduisons ici par « insouciantes » et « prévoyantes » sont deux concepts clés du langage sapientiel que Jésus utilise à plusieurs reprises dans les Évangiles et que l’on retrouve aussi dans l’Ancient Testament.
L’« insouciant » n’est pas synonyme de celui qui ne se préoccupe pas des choses parce qu’il se confie en Dieu. Au contraire, dans le langage biblique, il est l’homme sans intelligence, insensible à l’action de Dieu. Ne vivant que pour le moment présent, il ne fait pas mémoire des paroles et des miracles de Dieu et ne prête pas attention aux mises en garde. Il est celui qui construit sa maison sur le sable.
Le « prévoyant » est l’homme qui dirige sa vie selon la Parole de Dieu. Il est ainsi un homme sage parce qu’il est instruit par Dieu, un homme prêt pour les difficultés parce qu’il est ancré en Dieu. C’est la qualité qui décrit le patriarche Joseph en Égypte et l’intendant fidèle de la parabole, à qui l’on peut confier tous ses biens. - Les noces
Dans cette parabole, le Christ ne veut pas seulement nous mettre en garde qu’un jour la porte sera fermée. Il désire aussi alimenter notre espérance. Il nous dit que cela vaut la peine de veiller et d’attendre patiemment son retour. Sur la croix, il a déjà épousé l’Église. Elle est son Épouse promise, même si elle n’habite pas encore définitivement avec lui. Un jour, il reviendra pour la conduire dans son Royaume. Alors, il y aura une célébration telle que nous ne pouvons l’imaginer. Mais ce jour-là, serons-nous des compagnes de l’Épouse ?
Dialogue avec le Christ
Seigneur Jésus, parfois je me décourage parce que tu tardes. Il fait nuit. Je sens comme si tu m’avais abandonné et que tu ne reviendras pas. Ranime dans la nuit le feu de ton espérance. Que ma lampe devienne aussi source de réconfort pour ceux qui m’entourent.
Résolution
Aujourd’hui, je renouvelle mon espérance : Dieu est fidèle, jamais il ne m’abandonnera.
[1]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 155.
[2]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 88.
[3]. Saint Josémaria, Notes prises lors d’une réunion de famille, 21 février 1971.
[4]. Pape François, Angélus, 12 novembre 2017.
[5]. Pape François, Message au Congrès eucharistique national d’Allemagne, 30 mai 2013.
[6]. Benoît XVI, Sacramentum caritatis, n° 66.
[7]. Ibid.