LE SAINT DU JOUR
Sainte Ste Brigitte, religieuse (Fête en Europe)
Lectures et Méditation
Lectures de la messe
Première lecture
« Ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes » (Jr 2, 1-3.7-8.12-13)
Lecture du livre du prophète Jérémie
La parole du Seigneur me fut adressée :
Va proclamer aux oreilles de Jérusalem :
« Ainsi parle le Seigneur :
Je me souviens de la tendresse de tes jeunes années,
ton amour de jeune mariée,
lorsque tu me suivais au désert,
dans une terre inculte.
Israël était consacré au Seigneur,
première gerbe de sa récolte ;
celui qui en mangeait était coupable :
il lui arrivait malheur,
– oracle du Seigneur.
Je vous ai fait entrer dans une terre plantureuse
pour vous nourrir de tous ses fruits.
Mais à peine entrés, vous avez profané ma terre,
changé mon héritage en abomination.
Les prêtres n’ont pas dit :
“Où est-il, le Seigneur ?”
Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu,
les pasteurs se sont révoltés contre moi ;
les prophètes ont prophétisé au nom du dieu Baal,
ils ont suivi des dieux qui ne servent à rien.
Cieux, soyez-en consternés, horrifiés, épouvantés !
– oracle du Seigneur.
Oui, mon peuple a commis un double méfait :
ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive,
et ils se sont creusé des citernes,
des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ! »
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 35, 6-7ab, 8-9, 10-11)
R/ En toi, Seigneur, est la source de vie. (Ps 35, 10)
Dans les cieux, Seigneur, ton amour ;
jusqu’aux nues, ta vérité !
Ta justice, une haute montagne ;
tes jugements, le grand abîme !
Qu’il est précieux ton amour, ô mon Dieu !
À l’ombre de tes ailes, tu abrites les hommes :
ils savourent les festins de ta maison ;
aux torrents du paradis, tu les abreuves.
En toi est la source de vie ;
par ta lumière nous voyons la lumière.
Garde ton amour à ceux qui t’ont connu,
ta justice à tous les hommes droits.
Évangile
« À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là » (Mt 13, 10-17)
Alléluia. Alléluia.
Tu es béni, Père,
Seigneur du ciel et de la terre,
tu as révélé aux tout-petits
les mystères du Royaume !
Alléluia. (cf. Mt 11, 25)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent :
« Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Il leur répondit :
« À vous il est donné de connaître
les mystères du royaume des Cieux,
mais ce n’est pas donné à ceux-là.
À celui qui a, on donnera,
et il sera dans l’abondance ;
à celui qui n’a pas,
on enlèvera même ce qu’il a.
Si je leur parle en paraboles,
c’est parce qu’ils regardent sans regarder,
et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe :
Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas.
Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le cœur de ce peuple s’est alourdi :
ils sont devenus durs d’oreille,
ils se sont bouché les yeux,
de peur que leurs yeux ne voient,
que leurs oreilles n’entendent,
que leur cœur ne comprenne,
qu’ils ne se convertissent,
– et moi, je les guérirai.
Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient,
et vos oreilles puisqu’elles entendent !
Amen, je vous le dis :
beaucoup de prophètes et de justes
ont désiré voir ce que vous voyez,
et ne l’ont pas vu,
entendre ce que vous entendez,
et ne l’ont pas entendu. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation de ce Jeudi en profondeur…
Les thèmes proposés pour la méditation sont :
– Connaître les sentiments du Christ
– La valeur de la mortification intérieure
DANS LA PRIÈRE, nous pouvons parler de notre vie à Jésus. Il est naturel de ressentir le besoin de parler à notre meilleur ami des choses qui comptent pour nous, des personnes qui donnent un sens à notre vie, ou des peines et des joies qui, dans une trame parfois difficile à comprendre, constituent notre existence. Mais en même temps, en contemplant la vie de Jésus, nous essayons aussi de nous mettre à sa place, d’avoir l’intuition de ses préoccupations, de comprendre sa façon de penser, de nous imprégner de sa logique divine, de découvrir les intentions qu’il veut nous transmettre dans chacun de ses gestes. La lecture méditative de l’Évangile nous aide à comprendre peu à peu les sentiments du Christ.
À plusieurs reprises, les apôtres tentent de découvrir les motivations de son enseignement. Ils lui demandent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » (Mt 13, 10). Ils se rendent compte que les paraboles cachent une certaine ambiguïté : d’une part, Jésus adapte son langage aux intérêts et aux concepts des auditeurs ; mais d’autre part, avec ces histoires, il semble qu’il veuille cacher des vérités plus profondes. C’est un langage mystérieux et indirect qui laisse insatisfaite l’aspiration de ses apôtres à ce qu’il se révèle plus clairement au monde. C’est certainement l’affection et l’admiration qui ont poussé les apôtres à demander à Jésus d’être plus explicite dans ses paroles. Mais la réponse du Seigneur n’était probablement pas celle qu’ils attendaient : « Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre » (Mt 13,13).
Peut-être que certains de ceux qui ont écouté Jésus l’ont fait de manière superficielle. Peut-être l’ont-ils fait pour confirmer leur propre façon de penser ou pour déceler d’éventuelles incohérences dans ses paroles. Toutes ces attitudes ont finalement empêché la parole du Christ d’atteindre leur cœur. Et ce sont des manières d’écouter dont personne n’est complètement à l’abri. La Parole de Dieu est toujours vivante, elle nous pousse à remplir notre vie et donc notre environnement de l’Évangile. « Vouloir domestiquer la Parole de Dieu est une tentation quotidienne » [1], entendre ce que l’on veut entendre et non ce que Dieu veut nous dire. Si nous nous approchons de Jésus avec l’ouverture de cœur des apôtres, le Seigneur pourra aussi nous faire connaître ses sentiments, qui renouvellent constamment la terre.
DANS DE NOMBREUX sports très exigeants, on dit souvent qu’en plus de la forme physique, la course intérieure, celle qui se fait dans la tête et le cœur, est fondamentale. De même, pour notre vie de prière, il ne suffit pas de réserver un certain temps à Jésus. Bien sûr, c’est une étape nécessaire pour nous ouvrir à sa voix. Mais, comme le Seigneur l’a suggéré à ses apôtres, il est également nécessaire de prendre soin des sens intérieurs, c’est-à-dire d’ouvrir les oreilles de l’âme et d’essayer de calibrer les yeux du cœur afin de percevoir la proximité du Christ. La mortification intérieure nous met à l’écoute de la présence de Dieu dans notre âme. Il ne s’agit pas simplement d’une lutte négative pour rejeter les imaginations ou les souvenirs, pour ne pas se laisser emporter par la curiosité, ou pour contenir l’impulsion des yeux ou des oreilles. Tous ces efforts sont orientés vers une seule fin, qui est de se concentrer sur ce qui est vraiment important, ce qui nous donne du bonheur : savourer la présence du Christ dans notre vie ; écouter, regarder, imaginer et se souvenir de ce qui nous remplit de Dieu.
C’est pourquoi saint Josémaria écrivait « Si tu ne te mortifies pas, tu ne seras jamais une âme de prière » [2]. Certains de ceux qui suivaient Jésus n’arrivaient pas à approfondir ses paroles parce que leurs oreilles et leurs yeux étaient pleins de distractions, ils étaient fatigués de ne pas percevoir Dieu. Il peut nous arriver à nous aussi, malgré un désir sincère de nous mettre à l’écoute du Seigneur, que les images de la journée et les bruits qui résonnent dans notre tête nous empêchent de contempler le Christ. De même qu’il est nécessaire de faire des exercices fréquents pour se mettre en forme physiquement, de même l’attention peut être entraînée pareillement. Ainsi, avec chaque petit effort pour rejeter ou réorienter les distractions — au travail, dans la vie sociale, dans un temps de prière — nous exerçons cette force qui nous aidera à nous connecter à la réalité présente, car c’est là que se trouve Dieu. De cette manière, nous pouvons plus facilement contempler le visage du Christ dans toutes les circonstances de la vie quotidienne.
« MAIS vous, affirme Jésus, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu » (Mt 13, 16-17). Le Seigneur pourrait adresser ces mêmes paroles aux hommes de n’importe quel temps et de n’importe quel lieu. En effet, ces prophètes et ces justes ne pouvaient pas contempler Dieu comme nous pouvons le faire dans le tabernacle et le recevoir sacramentellement dans nos âmes. La prière chrétienne, centrée sur l’Eucharistie, nous introduit dans une relation beaucoup plus proche et familière avec le Seigneur. « Si les hommes ont toujours été habitués à s’approcher de Dieu un peu intimidés, un peu effrayés par ce mystère, fascinant et terrible […], les chrétiens se tournent au contraire vers lui, osant l’appeler avec confiance par le nom de “Père” » [3].
C’est pourquoi la prière, plus qu’un effort humain, est un don que le Seigneur nous fait. Chaque moment que nous partageons avec lui est un privilège immérité. Ce n’est pas nous qui rendons service à Dieu en lui consacrant quelques minutes de notre journée ; c’est lui qui, poussé par son infinie miséricorde, nous invite à jouir de sa présence, en nous offrant gratuitement son amitié.
Et plus nous prenons conscience de notre fragilité, plus nous ressentons le besoin de nous réfugier dans ce don : « Dans la prière, plus que dans les autres dimensions de l’existence, nous faisons l’expérience de notre faiblesse, de notre pauvreté, de notre condition de créature, parce que nous nous trouvons devant la toute-puissance et la transcendance de Dieu. Et plus nous progressons dans l’écoute et le dialogue avec Dieu, de sorte que la prière devienne la respiration quotidienne de notre âme, plus nous percevons même le sens de notre limitation, non seulement dans les situations concrètes de chaque jour, mais aussi dans notre relation avec le Seigneur. Alors grandit en nous le besoin de faire confiance, de nous abandonner de plus en plus à Lui ; nous nous rendons compte que “nous ne savons pas prier comme il faut” (Rm 8, 26) [4]». La Vierge Marie, éducatrice de la prière, peut nous aider à accueillir avec un cœur ouvert le don que son Fils nous fait.
APPROFONDISSEMENT DE LA PAROLE DE DIEU
“Des yeux pour voir, des oreilles pour entendre”
Prière
Seigneur Jésus, je te prie pour que ce moment de prière me rapproche davantage de toi. Tu es lalumière du monde et tu désires que mes yeux voient et que mes oreilles entendent ta voix au plusprofond de mon coeur.
Demande
Seigneur Jésus, donne-moi la grâce d’un coeur disponible, d’une écoute attentive et d’un regard capablede te reconnaître dans les événements de ma vie et dans les personnes que je rencontrerai aujourd’hui.
Réflexion
- 1. « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux. »
Jésus s’adresse à ses disciples avec une tendresse particulière. Il fait une distinction qui n’estpas une exclusion, mais il révèle à ses amis le don immense que représente la foi en Dieu. Dieuse présente comme un père soucieux, juste et miséricordieux pour ceux qu’il aime. Être disciplede Jésus, c’est avoir reçu quelque chose de précieux : l’intimité avec Dieu qui nous rendcapables de comprendre comment vivre les mystères du Royaume de Dieu. Ce privilège neprocède ni de nos mérites ni de nos capacités personnelles ; il est le fruit de notre réponse àl’appel du Seigneur. Suis-je conscient de la grâce que représente le don de la foi ? Est-ce que jel’accueille comme un bien précieux dont je peux prendre soin ou non ? Quelle gratitude habitemon coeur en ce moment après avoir entendu la Bonne Nouvelle et l’avoir accueillie dans ma vie?
2. «(…) ils regardent sans regarder, et écoutent sans écouter ni comprendre. »
Ces paroles de Jésus peuvent sembler dures, mais elles sont en réalité un appel à l’honnêtetéintérieure. Car la surdité et la cécité spirituelles ne sont pas réservées aux contemporains deJésus. Elles peuvent s’installer insidieusement dans notre propre vie, quand la routine, lespréoccupations, les blessures non guéries ou l’orgueil durcissent notre coeur sans que nous nenous en rendions compte.
Y a-t-il dans ma vie un domaine dans lequel j’ai besoin que la Parole de Dieu transforme mafaçon de réagir, d’agir, de pardonner, d’aimer ? Y a-t-il quelque chose qui doit être ordonné versDieu dans mes pensées, mes paroles, mes actions ou mes omissions ? Suis-je prêt à ledemander à Dieu ? Sinon, je peux toujours demander la grâce de vouloir un changementintérieur.
Seigneur Jésus, révèle-moi les endroits de mon coeur qui se sont alourdis. Ne permets pas queje demeure sourd à ton appel. Je désire me laisser guérir par toi pour vivre chaque jour un peuplus dans la liberté des enfants de Dieu.
3. «Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! »
Jésus déclare « heureux » ceux qui voient et entendent. Cette béatitude n’est pas unerécompense pour leur mérite, c’est la joie simple et profonde de ceux qui ont reçu un donextraordinaire. De nombreux prophètes et de justes ont attendu ce moment, ont désiré voir ceque les disciples voient. Et nous, nous le vivons aujourd’hui à travers la Parole, les sacrements,dans l’Église.
Comment est-ce que je vis concrètement la joie profonde d’être chrétien dans cette époque quifait partie de l’histoire de mon salut ? Suis-je capable de reconnaître et de célébrerintérieurement la présence de Jésus dans les événements ordinaires de mes journées, dans lespersonnes qui m’entourent, dans les pauvres que je rencontre ?
Dialogue avec le Christ
Jésus, tu me regardes avec amour et tu me dis : « Heureux tes yeux puisqu’ils voient. » Fais grandir enmoi la conscience du don merveilleux d’avoir la foi. Guéris en moi tout ce qui m’empêche de te voir etde t’entendre pleinement. Je désire un coeur nouveau, une écoute disponible et un regard capable dereconnaître ta présence partout où tu te rends présent : dans la prière, les Écritures, le visage des pluspetits. Je te rends grâce pour la confiance que tu m’accordes en me révélant les mystères de tonRoyaume. Avec le secours de ta grâce, je désire faire fructifier ce don aujourd’hui et chaque jour de mavie.
Résolution
Afin de trouver une résolution qui me convienne, je me pose la question : qu’est-ce qui m’a touché leplus pendant cette prière ? Comment puis-je te répondre aujourd’hui en considérant les activités de majournée ? Quel désir, quelle attitude, quelle décision suis-je appelé à mettre en oeuvre concrètement ?
Selon ce qui m’a le plus touché, je choisis une action personnelle : par exemple, je prends quelquesminutes dans la journée pour relire un verset de cet Évangile et le laisser résonner en mon coeur ;j’identifie un domaine de ma vie où mon coeur s’est endurci et je le confie à Jésus dans une prièrecourte et sincère ; je rends grâce à Dieu pour le don de la foi en notant trois motifs concrets dereconnaissance pour cette journée.
[1]. pape François, Homélie, 27 janvier 2019.
[2]. Saint Josémaria, Chemin, n° 172.
[3]. Pape François, Audience générale, 13 mai 2020.
[4]. Benoît XVI, Audience générale, 16 mai 2012.