LE SAINT DU JOUR
Saint Apollinaire, évêque et martyr
Lectures et Méditation
Lectures de la messe
Première lecture
« On t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi » (Mi 6, 1-4.6-8)
Lecture du livre du prophète Michée
Écoutez donc ce que dit le Seigneur :
Lève-toi ! Engage un procès avec les montagnes,
et que les collines entendent ta voix.
Montagnes, écoutez le procès du Seigneur,
vous aussi, fondements inébranlables de la terre.
Car le Seigneur est en procès avec son peuple,
il plaide contre Israël :
Mon peuple, que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je fatigué ? Réponds-moi.
Est-ce parce que je t’ai fait monter du pays d’Égypte,
que je t’ai racheté de la maison d’esclavage,
et que je t’ai donné comme guides
Moïse, Aaron et Miryam ?
« Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ?
demande le peuple.
Comment m’incliner devant le Très-Haut ?
Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux
pour les offrir en holocaustes ?
Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers,
à voir des flots d’huile répandus sur l’autel ?
Donnerai-je mon fils aîné pour prix de ma révolte,
le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ?
– Homme, répond le prophète,
on t’a fait connaître ce qui est bien,
ce que le Seigneur réclame de toi :
rien d’autre que respecter le droit,
aimer la fidélité,
et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 49 (50), 5-6, 8-9, 16bc-17, 21, 23)
R/ À celui qui veille sur sa conduite,
je ferai voir le salut de Dieu. (cf. Ps 49, 23cd)
« Assemblez devant moi mes fidèles,
eux qui scellent d’un sacrifice mon alliance. »
Et les cieux proclament sa justice :
oui, le juge, c’est Dieu !
Je ne t’accuse pas pour tes sacrifices ;
tes holocaustes sont toujours devant moi.
Je ne prendrai pas un seul taureau de ton domaine,
pas un bélier de tes enclos.
« Qu’as-tu à réciter mes lois,
à garder mon alliance à la bouche,
toi qui n’aimes pas les reproches
et rejettes loin de toi mes paroles ?
« Voilà ce que tu fais ;
garderai-je le silence ?
Penses-tu que je suis comme toi ?
Je mets cela sous tes yeux, et je t’accuse.
« Qui offre le sacrifice d’action de grâce,
celui-là me rend gloire :
sur le chemin qu’il aura pris,
je lui ferai voir le salut de Dieu. »
Évangile
« Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que cette génération » (Mt 12, 38-42)
Alléluia. Alléluia.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Alléluia. (cf. Ps 94, 8a.7c)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
quelques-uns des scribes et des pharisiens
adressèrent la parole à Jésus :
« Maître, nous voulons voir un signe venant de toi. »
Il leur répondit :
« Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe,
mais, en fait de signe,
il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas.
En effet, comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin
trois jours et trois nuits,
le Fils de l’homme restera de même au cœur de la terre
trois jours et trois nuits.
Lors du Jugement, les habitants de Ninive
se lèveront en même temps que cette génération,
et ils la condamneront ;
en effet, ils se sont convertis
en réponse à la proclamation faite par Jonas,
et il y a ici bien plus que Jonas.
Lors du Jugement, la reine de Saba
se dressera en même temps que cette génération,
et elle la condamnera ;
en effet, elle est venue des extrémités de la terre
pour écouter la sagesse de Salomon,
et il y a ici bien plus que Salomon. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation de ce Mercredi en profondeur…
Les thèmes proposés pour la méditation sont :
– La pensée de beaucoup de cœurs
LORSQUE Jésus n’était encore qu’un nouveau-né, le vieillard Siméon dit à Marie : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Pendant son séjour sur terre, le contact avec le Christ n’a guère laissé les gens indifférents. Ses paroles et ses actes invitaient chaque homme et chaque femme à entrer dans son propre cœur pour mieux se connaître. Les récits évangéliques insistent particulièrement sur l’effet que la rencontre avec Jésus a eu sur les scribes et les pharisiens. Pour eux, qui étaient généralement très instruits et jouissaient d’une réputation sociale reconnue, le Seigneur était un personnage inconfortable. En effet, il révèle aux gens les pensées de leur cœur, parfois leur mépris pour les autres, et comment, paradoxalement, ceux qui étaient leurs guides religieux étaient fermés à la lumière de Dieu (cf. Lc 18, 9 ; Jn 9, 41).
Le Seigneur scandalisait les pharisiens par sa conduite et sa doctrine (cf. Mt 15, 12) ; en même temps, l’évidence de ses miracles les poussait à croire en lui (cf. Jn 3, 2), surtout ceux qui n’avaient pas contaminé leurs convictions spirituelles avec la logique du monde. Jésus les invite à une conversion sincère, à embrasser sans réserve la personne du Fils de Dieu, ce qui signifie aussi embrasser les autres, sans distinction. Pour de nombreux pharisiens, cette situation est devenue une impasse (cf. Jn 9, 16).
Un jour, ne pouvant plus supporter cette tension, ils demandent à Jésus un geste définitif : « Maître, nous voudrions voir un signe venant de toi » (Mt 12, 38). En tant que maîtres d’Israël, ils disposaient de suffisamment de signes pour les ouvrir à la lumière de la foi ; ils avaient été témoins de la manière dont le Christ avait répondu à leurs questions à maintes reprises et avait accompli des miracles. Quoi qu’il en soit, Jésus leur donnera le signe définitif qu’ils demandent : « En effet, comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, le Fils de l’homme restera de même au cœur de la terre trois jours et trois nuits » (Mt 12, 40). Si nous préparons notre intérieur à nous laisser surprendre par Jésus, nous trouverons dans sa résurrection le plus grand signe pour l’accueillir et accueillir la foi qui transforme notre vie. Mais c’est un signe reconnaissable pour ceux qui ont le cœur simple : pour ceux qui n’enchevêtrent pas par mesquinerie leurs connaissances, ni ne mettent leur propre honneur au-dessus de celui de Dieu.
« SI NOUS DISONS que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. Si nous reconnaissons nos péchés, lui qui est fidèle et juste va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice » (1 Jn 1, 8-9). C’est l’expérience de l’apôtre Jean qui, comme il le montre dans son Évangile, a beaucoup réfléchi sur la lumière que Jésus a apportée dans le monde ; une lumière qui nous libère de l’esclavage du péché (cf. Jn 8, 31-47) et nous permet de vivre avec la liberté des enfants de Dieu (cf. 1 Jn 3, 1-10). Ce fut également l’expérience des habitants de Ninive qui « se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas » (Mt 12, 41). L’Écriture Sainte nous dit que l’enseignement du prophète n’était pas particulièrement brillant ou enthousiaste, mais il a suffi pour que les habitants de cette ville changent de vie et s’ouvrent à l’infinie miséricorde de Dieu (cf. Jn 3, 10).
Dieu nous connaît mieux que quiconque, il sait donc que ce qui guérit notre âme, c’est la double confession, d’une part, de notre faiblesse et, d’autre part, de la réalité de son pardon : « Seigneur, j’ai péché. Aie pitié de moi ». Cette reconnaissance élimine un obstacle qui peut souvent nous séparer de lui : l’orgueil. « Si l’un d’entre nous dit : “Ah, merci Seigneur, parce que je suis quelqu’un de bien, je fais de bonnes choses, je ne fais pas de grands péchés…”, ce n’est pas une bonne manière. Ce n’est pas une bonne voie, c’est une voie d’autosuffisance, c’est une voie qui ne nous justifie pas » [1]. En revanche, fouiller notre cœur pour découvrir toutes les fois où nous nous préférons à l’amour de Dieu et des autres est le chemin de la conversion, qui est le secret de la vraie joie.
Les saints ont toujours eu besoin de la miséricorde de Dieu. Saint Josémaria se décrivait comme un pauvre pécheur qui aimait Jésus-Christ à la folie. Et il soulignait que si nous avons le désir de revenir toujours à la maison du Père, de nous réfugier dans sa miséricorde, nous trouverons un bonheur que nos faiblesses ne pourront pas nous enlever : « La joie est un bien qui appartient au chrétien. Elle ne disparaît que devant l’offense à Dieu : car le péché vient de l’égoïsme, et l’égoïsme engendre la tristesse et, même alors cette joie demeure enfouie sous les braises de l’âme, car nous savons que Dieu et sa Mère n’oublient jamais les hommes. Si nous nous repentons, s’il jaillit de notre cœur un acte de douleur, si nous nous purifions par le saint sacrement de la pénitence, Dieu s’avance à notre rencontre et nous pardonne. Alors, il n’y a plus de tristesse » [2].
DIEU bénit de sa grâce abondante ceux qui s’ouvrent avec simplicité aux lumières qu’il envoie, même si elles sont parfois aussi faibles que celle que reçut le peuple de Ninive. Lorsqu’une âme s’efforce de rester sensible et à l’écoute, il suffit d’un petit signe du Seigneur pour la remplir d’amour, d’action de grâces, de contrition ou de résolutions de combat. Ce sont des âmes sensibles à la lumière, avec une disposition qui est un don de l’Esprit Saint.
Parfois, ces indices nous parviennent explicitement par l’intermédiaire de personnes qui nous aiment, qui se soucient de nous et qui nous font part de leurs commentaires sur quelque chose que nous pourrions changer. D’autres fois, l’Esprit Saint nous dispose autrement, en nous incitant à partir à la recherche de la lumière. C’est ce qu’a fait la reine de Saba, qui a entrepris un long voyage pour écouter Salomon, dans la sagesse duquel elle a reconnu l’action de Dieu (cf. 1 R 10, 1-13). Nous avons en Jésus quelqu’un qui est beaucoup plus que Salomon, et nous n’avons pas besoin d’aller au bout du monde pour entendre sa voix (cf. Mt 12, 42). Sa lumière nous parvient, entre autres, par le contact direct avec l’Écriture Sainte, par la lecture d’un livre spirituel ou par l’accompagnement spirituel, où une autre personne nous aide à découvrir ces intimations divines.
Mais c’est toujours l’Esprit Saint qui « nous enseigne où commencer, quels chemins prendre et comment marcher » [3]. Quel que soit le chemin par lequel nous écoutons Dieu, il ne sera sain et fructueux que si nous sommes personnellement conscients que c’est le Paraclet qui nous guide avec douceur et grandeur d’horizon. La Vierge Marie, qui a vécu toujours ouverte à l’accueil de la parole divine, peut nous aider à écouter avec humilité et gratitude la voix de Dieu.
APPROFONDISSEMENT DE LA PAROLE DE DIEU
“Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera”
Prière
« Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom, donne la gloire, pour ton amour et ta vérité. (…) Notre Dieu, il est au ciel ; tout ce qu’il veut, il le fait (…) Vous qui le craignez, ayez foi dans le Seigneur : le secours, le bouclier, c’est lui ! (…) Soyez bénis par le Seigneur qui a fait le ciel et la terre ! (…) Nous, les vivants, bénissons le Seigneur, maintenant et pour les siècles des siècles ! » (Ps 113 B, 1.3.11.15.18)
Demande
Dépose en moi ton Esprit Saint afin que je rayonne de ta présence en témoin de la foi.
Réflexion
- « Nous voulons voir un signe venant de toi. »
Les scribes et les pharisiens qui s’adressent à Jésus, que cherchent-ils ? En premier lieu, à discréditer Jésus, certainement. Mais il y a plus : que cherchons-nous, croyants ou incrédules, tout être humain ?
Ici émerge la question du surnaturel dans notre vie. Qu’est-ce que la notion du surnaturel évoque pour moi ? Scepticisme et incrédulité ? Quête de merveilleux ? Deux écueils sont à éviter : une compréhension positiviste qui étouffe le caractère surnaturel de la mission du Christ et de l’Église, d’une part, et d’autre part l’exaltation des gloires humaines dans l’œuvre de Dieu. - Le signe du prophète Jonas rappelle la mésaventure pendant sa fuite sur un navire. Surpris par une violente tempête en pleine mer, l’équipage jette Jonas par-dessus bord pour calmer l’intempérie. Ce dernier fut englouti par la baleine et vomi au bout de trois jours sur le rivage.
Alors qu’il tentait d’échapper à sa mission auprès des Ninivites, Jonas est rattrapé par le péril mortel dont il échappera par Providence. Et moi, qu’est-ce que j’attends pour être signe et témoin de l’Évangile ? Est-ce que je rayonne de joie et d’assurance que me donne la foi ? Ou alors, mon cœur reste-t-il froid ? - « Lors du jugement (…) » nos yeux s’ouvriront. Oui, il y aura un jugement. Alors que Jonas semblait avoir échoué dans sa mission, puisqu’il a lancé une fausse alerte, la parole de Dieu devra intervenir auprès de lui pour montrer le fruit de sa mission : la conversion des Ninivites.
Il se pourra que ceux que je juge plus pécheurs que moi se lèveront avant moi et me feront voir toute forme d’auto-référencement, de conformisme ou autre péché subtil. Le jugement de Dieu n’est pas comme le nôtre : il ne consiste pas en accusation, mais il nous révèlera l’abîme de notre médiocrité.
Dialogue avec le Christ
« Il y a bien plus que Salomon. » En effet, ô Christ, Jésus, mon Seigneur, les sages d’Orient et d’Occident, de l’antiquité ou du futur te rendent hommage, là où nous te comparons avec eux. Envoyé du Père, tu nous instruis de sa sagesse éternelle et nous donnes de connaître son amour. Adoptés comme enfants, tu nous envoies auprès de nos frères pour être témoins, apôtres. Avec toi, honneur, gloire et louange soient rendus au Père, dans le feu de l’Esprit.
Résolution
Je veux être témoin de la joie de croire.
[1]. Pape François, Audience générale, 29 mars 2023.
[2]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 178.
[3]. Pape François, Homélie, 6 juin 2022.