LE SAINT DU JOUR
Sainte Elisabeth du Portugal
Lectures et Méditation
Lectures de la messe
Première lecture
« Je ramènerai les captifs de mon peuple et je les planterai sur leur sol » (Am 9, 11-15)
Lecture du livre du prophète Amos
Ainsi parle le Seigneur :
Ce jour-là, je relèverai la hutte de David, qui s’écroule ;
je réparerai ses brèches, je relèverai ses ruines,
je la rebâtirai telle qu’aux jours d’autrefois,
afin que ses habitants prennent possession
du reste d’Édom et de toutes les nations
sur lesquelles mon nom fut jadis invoqué,
– oracle du Seigneur, qui fera tout cela.
Voici venir des jours
– oracle du Seigneur –
où se suivront de près laboureur et moissonneur,
le fouleur de raisins et celui qui jette la semence.
Les montagnes laisseront couler le vin nouveau,
toutes les collines en seront ruisselantes.
Je ramènerai les captifs de mon peuple Israël ;
ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront ;
ils planteront des vignes et en boiront le vin ;
ils cultiveront des jardins et en mangeront les fruits.
Je les planterai sur leur sol,
et jamais plus ils ne seront arrachés
du sol que je leur ai donné.
Le Seigneur ton Dieu a parlé.
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 84 (85), 9, 11-12, 13-14)
R/ Ce que dit le Seigneur,
c’est la paix pour son peuple. (cf. Ps 84, 9b)
J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix
pour son peuple et ses fidèles ;
qu’ils ne reviennent jamais à leur folie !
Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.
Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.
Évangile
« Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? » (Mt 9, 14-17)
Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant :
« Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons,
tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »
Jésus leur répondit :
« Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil
pendant le temps où l’Époux est avec eux ?
Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ;
alors ils jeûneront.
Et personne ne pose une pièce d’étoffe neuve
sur un vieux vêtement,
car le morceau ajouté tire sur le vêtement,
et la déchirure s’agrandit.
Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ;
autrement, les outres éclatent,
le vin se répand,
et les outres sont perdues.
Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves,
et le tout se conserve. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation de ce Samedi en profondeur…
Les thèmes proposés pour la méditation sont :
– Le festin joyeux entre Dieu et son peuple
– Une jeûne qui passe inaperçu
JÉSUS N’ÉTAIT PAS un maître conventionnel. Il a attiré l’attention de ses contemporains par la liberté avec laquelle il a agi et l’autorité avec laquelle il a enseigné. Les maîtres d’Israël de l’époque, en revanche, étaient pointilleux sur les préceptes vécus par le peuple d’Israël, au point d’enseigner une casuistique qui ne distinguait pas toujours l’essentiel de l’accidentel. Cela devenait parfois un guide externe complexe à apprendre et à suivre. Mais l’enseignement de Jésus a une tonalité différente : lui aussi respecte la tradition reçue par le peuple d’Israël, mais son action ne se limitait pas à l’accomplissement de préceptes extérieurs, et il ne l’a pas enseigné à ses disciples, bien au contraire il a cherché à susciter la conversion de l’intérieur de la personne.
C’est ainsi, par exemple, qu’un certain nombre de personnes ont été surprises de constater que ni lui ni ses disciples ne jeûnaient à certaines occasions. Le Christ répond à ses interlocuteurs par une image de l’époque : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? » (Mt 9, 15). À l’époque, lors des mariages, les amis intimes du marié avaient pour tâche de favoriser le ton joyeux de la fête. Même la loi exemptait les amis de l’époux de diverses obligations légales si elles ne contribuaient pas à l’atmosphère joyeuse de la fête de mariage. Par cette comparaison, Jésus fait allusion à lui-même comme époux, et à ses disciples comme amis de l’époux. Il a apporté la joie du salut dans le monde.
Dieu veut notre bonheur, et il ne nous envoie rien qui puisse nous en détourner. Il est vrai que, précisément parce qu’il s’agit d’un objectif ambitieux, il nous coûtera souvent des efforts ; à d’autres moments, nous ne comprendrons pas ses voies, ce qui peut aussi impliquer des souffrances. Mais les préceptes de Dieu nous guident vers une vie libre et heureuse. « Un philosophe disait : “Je ne comprends pas comment on peut croire aujourd’hui, car ceux qui disent croire ont un visage d’enterrement”. Ils ne témoignent pas de la joie de la résurrection de Jésus-Christ”. Il est vrai que beaucoup de chrétiens ont un visage triste… Mais le Christ est ressuscité ! Le Christ vous aime ! Et vous n’avez pas de joie ? Pensons-y et demandons-nous : “Suis-je joyeux parce que le Seigneur est près de moi, parce que le Seigneur m’aime, parce que le Seigneur m’a racheté ?” » [1]
CETTE IMAGE nuptiale est aussi, dans la bouche de Jésus, l’occasion d’une annonce prophétique de sa mort : « Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » (Mt 9, 15). L’époux arraché sur la croix, remplissant de deuil le cœur de ses disciples, est l’expression la plus accomplie de tout jeûne. Dans le jeûne comme sur la croix, il y a du deuil et des privations, mais tous deux sont imprégnés de la joie d’accomplir la volonté de Dieu et de l’espoir d’une vie nouvelle. C’est pourquoi le jeûne n’est pas seulement une privation, ne se terminant jamais en soi, mais il est orienté à se nourrir de la volonté du Père. Jésus a également dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34). Cette privation, ce premier mouvement d’abnégation, empêche le cœur de s’attacher au confort personnel et nous aide à maintenir notre sensibilité spirituelle en éveil, afin de découvrir et de profiter des biens de Dieu.
À un autre moment, Jésus invite les gens à faire l’aumône, à prier et à jeûner à l’insu des autres, uniquement devant le Père qui est aux cieux. Cela a également surpris certains des auditeurs de l’époque, car dans de nombreux cas, ils faisaient ces bonnes actions afin de gagner la considération des autres. Mais Jésus nous rappelle que la valeur des actions ne dépend pas de la façon dont elles sont perçues par les autres. En de nombreuses occasions, Dieu sera le seul à apprécier une prière, un sacrifice ou un geste de générosité. Et cela sera suffisant. « Votre sourire, écrit saint Josémaria, pourra parfois être pour vous la meilleure mortification et même la meilleure pénitence : alter alterius onera portate (Ga 6, 2), le fait de porter les fardeaux des autres, en veillant à ce que votre aide passe inaperçue, sans être loué, sans que personne ne le voie, afin de ne pas perdre son mérite devant Dieu » [2]. De cette façon, passant inaperçu, comme le sel, le chrétien épice chaque environnement, rendant « tout surnaturellement agréable et savoureux » [3].
« ET ON NE MET PAS du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve » (Mt 9, 17). L’outre à vin était un sac en cuir. Une fois le sac tanné, une couture était appliquée autour du cuir, ne laissant qu’un trou dans le col, par lequel le liquide était versé pour la conservation. Le vin nouveau a été versé dans l’outre et on l’a laissé reposer. Au fur et à mesure que le vin fermentait, le sac en cuir s’étirait en raison de l’émission de gaz. Mais si l’outre était vieille, elle devenait dure et perdait son élasticité. Ainsi, si du vin nouveau était versé dans une outre durcie, au fur et à mesure que le vin fermentait, l’outre pouvait éclater et l’outre et le vin étaient perdus.
Jésus apporte toujours le vin nouveau. Ce vin nouveau, c’est l’Esprit Saint, c’est la bonne nouvelle de la rédemption. Et le signe le plus évident de la présence du Saint-Esprit dans une personne est la joie. Ce n’est pas un hasard si Jésus a voulu commencer sa vie publique en transformant l’eau en un vin exquis, dans le contexte d’un festin de noces. Le Christ est venu nous combler d’une vie qui réjouit le cœur, comme le vin réjouit un banquet. Mais ce vin nouveau doit être versé dans les outres neuves que sont nos cœurs. C’est pourquoi Jésus prépare le cœur de ses disciples afin qu’il puisse contenir la force et la nouveauté de sa vie divine.
Les enseignements de certains scribes et pharisiens d’Israël, avec leur casuistique et leur vigilance purement extérieure, sont comparables aux vieilles outres. La nouvelle vie du chrétien a un principe intérieur qui va au-delà de cela. Pour être rempli du vin nouveau, le cœur doit apprendre à écouter et à être docile à l’Esprit Saint, qui est la source du renouvellement continuel. Nous pouvons donc demander à la Vierge Marie de nous donner un cœur comme le sien, capable de s’ouvrir au vin nouveau qu’est la vie de Dieu en nous.
Approfondissement de la Parole de Dieu
Un cœur nouveau pour accueillir le Christ
Prière
Reprendre le chant :
Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau,
Mets en nous, Seigneur un esprit nouveau !
1. Voici venir des jours,
Oracle du Seigneur,
Où je conclurai avec la maison d’Israël
Une alliance nouvelle.
Je mettrai ma Loi au fond de leur être
Et je l’écrirai sur leur cœur.
2. Je serai leur Dieu et eux seront mon peuple.
Je leur pardonnerai toutes leurs fautes,
Et ne me souviendrai plus de leurs péchés.
Demande
Donne-moi, Seigneur, un cœur nouveau, un cœur semblable au tien.
Réflexion
- « Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. »
Les pharisiens questionnent Jésus sur la pratique du jeûne. Le fait que ses disciples ne jeûnent pas semble remettre en cause la valeur spirituelle du jeûne. Pourtant, le Seigneur ne conteste nullement l’efficacité du jeûne comme moyen de sanctification mais la remet à sa juste place. Le jeûne n’est pas simplement une discipline, il exprime avant tout la faim et la soif d’une relation plus intime et étroite avec Dieu. Tant que les disciples jouissent de la présence de l’Époux, le jeûne perd de sa nécessité. Mais lorsque celui-ci leur sera enlevé, il retrouvera tout son sens. Le jeûne devient alors l’expression du désir ardent de Dieu.
Dans ma vie quotidienne, comment cette faim de Dieu se manifeste-t-elle ? Quelle place le jeûne occupe-t-il dans mon cheminement spirituel ? Je peux certes me priver de nourriture, mais aussi renoncer à tout ce qui risque d’occuper une place excessive dans mon cœur et d’y reléguer le Seigneur au second plan. - « Et personne ne pose une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement. »
Jésus emploie ensuite l’image de l’étoffe déchirée que l’on tenterait de réparer avec une pièce de tissu neuf. Il annonce ainsi son intention de renouveler l’alliance de Dieu avec les hommes en offrant, non pas ce que prévoyait déjà l’ancienne alliance, mais en inaugurant une réalité entièrement nouvelle.
L’étoffe de l’ancienne alliance était déjà usée et déchirée. Le Christ est venu faire toute chose nouvelle pour nous. Désormais, notre salut ne s’obtient plus par la loi et les sacrifices anciens mais par la foi en Jésus-Christ, par la charité et l’offrande de sa propre vie sur la croix pour nous sauver de la mort et du péché. Pour accueillir ce morceau d’étoffe neuf de la nouvelle alliance dans mon cœur, je dois lui offrir un cœur nouveau, un cœur ouvert à son action transformatrice.
Suis-je prêt à laisser le Christ renouveler ce qui, en moi, demeure marqué par l’usure du péché et des habitudes anciennes ? - « Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. »
Le Seigneur nous invite également à accueillir son vin nouveau. Or nos cœurs ressemblent souvent à ces vieilles outres qui ont perdu force et souplesse. Pour accueillir le vin nouveau de sa grâce et de son amour, il nous faut un cœur renouvelé, un cœur confiant et abandonné.
Demandons au Seigneur de nous donner des cœurs nouveaux, toujours davantage configurés à son propre Cœur. Quel aspect du vieil homme subsiste encore en moi ? Et quelle résistance intérieure dois-je céder au Seigneur afin d’accueillir le cœur nouveau qu’il veut m’offrir ?
Dialogue avec le Christ
Seigneur Jésus, je t’offre aujourd’hui mon pauvre cœur. Telle une étoffe usée et déchirée, il a besoin d’être restauré et renouvelé. Comme une outre endurcie, mon cœur a besoin de retrouver sa force et sa souplesse. Je veux accueillir la pièce d’étoffe neuve de ton salut. Je veux accueillir en moi le vin nouveau de ta grâce et de ton amour. Donne-moi, Seigneur, un cœur nouveau, un cœur semblable au tien !
Résolution
Aujourd’hui, je renoncerai à quelque chose qui occupe une place trop importante dans mon cœur afin de me rendre plus disponible à Dieu et à mon prochain.
[1]. Pape François, Angélus, 13 décembre 2020.[2]. Saint Josémaria, Seul à seul avec Dieu, n° 122.
[3].Ibid.